Les concours

L’épreuve de français-philo, concours par concours

Le geste est le même partout : dialoguer avec une citation, à l’aide des trois œuvres. Mais la durée, les exercices et les préférences des jurys changent d’un concours à l’autre, et connaître ces écarts vaut des points.

Mis à jour en septembre 2026, d’après les notices officielles de la session 2026 et les rapports de jury publiés par chaque concours. Les notices de la session 2027 seront à vérifier dès leur parution. [À VÉRIFIER : notices 2027]

L’essentiel en un tableau

ConcoursDuréeExercicesPoids à l’écritLa contrainte à connaître
Centrale-Supélec4 hRésumé + dissertation17 sur 100Résumé en 200 mots ; dissertation de 1 800 mots maximum
Mines-Ponts3 hDissertation seule5 sur 30Une heure de moins que partout ailleurs
CCINP et e3a-Polytech4 hRésumé + dissertation9 sur 58Résumé noté sur 10, dissertation sur 20
X-ENS4 hComposition française (dissertation)Selon l’écoleLa troisième partie doit rester sur le sujet

Les chiffres de Centrale-Supélec valent pour les filières MP, MPI, PC, PSI et TSI ; ceux des Mines-Ponts pour MP, MPI, PC et PSI ; ceux du CCINP pour MP, MPI, PC, PSI, TPC et TSI. L’épreuve de français-philosophie du CCINP est mutualisée avec la banque e3a-Polytech : c’est la même copie. À X-ENS, le coefficient dépend de l’école (Polytechnique et chacune des ENS ont leur propre barème) : reportez-vous à la notice de l’école qui vous intéresse. [À COMPLÉTER : coefficients X et ENS par filière]

Traduit en pourcentage, le français représente environ 17 % de l’écrit à Centrale-Supélec et aux Mines-Ponts, et environ 15,5 % au CCINP. La règle que j’en tire est développée dans la leçon sur le coefficient : au coefficient correspond le temps, et c’est le concours le plus exigeant de votre liste qui fixe votre volume de travail.

Ce qui ne change pas d’un concours à l’autre

Avant les écarts, le socle commun. Il est plus large qu’on ne le croit.

Le programme est le même. Un thème, trois œuvres, étudiés toute l’année dans toutes les filières concernées. En 2026-2027, le thème est « Les arcanes de la création », avec Platon (Ion et La République, livre X), Zola (L’Œuvre) et Woolf (Un lieu à soi).

Le sujet est toujours une citation à discuter. Jamais une question de cours. Les consignes varient dans leur formulation (« vous analyserez et discuterez cette formule », « vous direz dans quelle mesure cette citation éclaire votre lecture des œuvres », « vous évaluerez la pertinence de cette formule »), mais elles demandent toutes la même chose : prendre au sérieux un jugement précis, en éprouver les limites, et arriver quelque part.

Les œuvres doivent être confrontées, pas juxtaposées. Tous les jurys le répètent, avec des nuances que nous verrons plus bas.

La langue et la présentation comptent partout. Les rapports de jury consacrent tous un paragraphe entier à l’orthographe, à la syntaxe et à la lisibilité. Un point revient chez presque tous, et il est très facile à corriger : la confusion entre interrogation directe et indirecte dans la problématique.

Ce que dit le jury

« L’interrogation indirecte ne doit pas être confondue avec l’interrogation directe : il n’y a ni inversion du sujet, ni point d’interrogation dans l’interrogation indirecte. »

Rapport du jury, composition de français, X-ENS, filières MP, MPI et PC (2025)

Écrivez donc « nous nous demanderons si l’art naît de l’inspiration. » ou « L’art naît-il de l’inspiration ? », mais jamais « nous nous demanderons en quoi l’art naît-il de l’inspiration ? ». Les jurys des Mines-Ponts et du CCINP relèvent exactement la même faute.

Centrale-Supélec : le résumé prépare la dissertation

Le format. Quatre heures pour deux exercices : un résumé de texte, puis une dissertation. L’énoncé précise que « Résumé et dissertation ont la même notation et forment un ensemble indissociable ». Le résumé fait 200 mots, avec un écart toléré de 10 % en plus ou en moins ; vous devez indiquer par une barre chaque cinquantaine de mots, puis le total exact. La dissertation « devra obligatoirement confronter les trois œuvres et y renvoyer avec précision. Elle pourra comprendre deux ou trois parties et n’excédera pas 1800 mots. »

Ce qu’il faut en déduire. La formule à discuter est extraite du texte que vous venez de résumer. En 2026, le texte était de François Jacob, et le sujet reprenait l’une de ses phrases : « Mythique ou scientifique, la représentation du monde que construit l’homme fait toujours une large part à son imagination. » Autrement dit, quand vous abordez la dissertation, vous avez déjà lu le contexte de la citation, compris la thèse de l’auteur et repéré la place exacte de la phrase dans son raisonnement. Le résumé n’est pas un exercice à expédier avant la vraie épreuve : c’est la première heure de votre analyse du sujet.

La limite de 1 800 mots. Elle est écrite dans l’énoncé et l’énoncé ajoute : « Cet effort de concision faisant partie des attentes du jury, tout dépassement manifeste sera sanctionné. » Ne découvrez pas cette contrainte le jour du concours. Comptez une fois, sur une copie d’entraînement, combien de mots vous écrivez par ligne : vous saurez ensuite en un coup d’œil où vous en êtes.

L’introduction. Centrale est le concours le plus net sur la citation d’ouverture : elle est découragée.

Ce que dit le jury

« L’entrée en matière, dite encore accroche ou amorce, doit être brève et servir véritablement le sujet. Il n’est absolument pas utile de convoquer une autre citation liminaire […]. »

Rapport du jury, épreuve de rédaction, Centrale-Supélec, filière MP (2018)

Le plan. Vous avez le droit de faire deux parties : c’est écrit dans le sujet. Et comme il vous reste environ deux heures et demie pour disserter, deux parties solides, qui vont jusqu’au dépassement, sont souvent le choix le plus rationnel.

Mines-Ponts : trois heures, une dissertation, les œuvres au centre

Le format. Trois heures, une dissertation seule, sans résumé. Le règlement du concours la définit comme une « dissertation dont le sujet est en rapport avec les œuvres ou les thèmes figurant au programme ». La citation, cette fois, est donnée seule : George Sand en 2026, Jean-Luc Nancy en 2025, Mai Lequan en 2024.

La consigne n’est pas neutre. Depuis plusieurs sessions, elle prend la même forme : « Vous direz dans quelle mesure cette citation éclaire votre lecture des œuvres inscrites cette année à votre programme. » On vous demande donc autant ce que la citation fait aux œuvres que ce que les œuvres font à la citation. Une copie qui discute la thèse dans l’abstrait, puis illustre, répond à moitié.

Lisez tout le sujet, auteur compris. Le rapport 2025 raconte que la citation de Jean-Luc Nancy, tirée d’un livre publié chez Galilée en 2001, a été « à de nombreuses reprises, attribuée à Galilée (1564-1642), pourtant mort 359 ans avant la publication de cet ouvrage ». L’anecdote fait sourire, mais le jury en tire une leçon sérieuse : cette inadvertance « trahit, dès l’analyse du sujet, une mauvaise lecture de ce dernier ». Le même rapport regrette que trop de copies n’aient traité que la seconde moitié de la citation. Lire mot à mot n’est pas une précaution de débutant.

L’amorce et le plan. Les Mines-Ponts publient, en plus de leurs rapports, un complément méthodologique en accès libre. Deux passages méritent d’être connus, parce qu’ils ne disent pas la même chose que Centrale.

Ce que dit le jury

« L’introduction peut débuter par une amorce, c’est-à-dire par une autre citation librement choisie par le candidat qui la place en résonance avec le sujet. Mais ce procédé n’a rien d’obligatoire. »

Complément méthodologique, épreuve de français-philosophie, concours Mines-Ponts (2024)

Ce que dit le jury

« […] il vaut donc mieux proposer un plan en deux parties, à condition que celles-ci ne se contredisent pas grossièrement […] plutôt qu’une organisation en trois parties, où la troisième, en forme de “postiche” ou de fausse fenêtre, se contente d’énoncer des vues dépourvues de tout lien avec le sujet. »

Complément méthodologique, épreuve de français-philosophie, concours Mines-Ponts (2024)

Les rapports décrivent le plus souvent des développements en trois parties. Retenez donc la hiérarchie : trois vraies parties, sinon deux vraies parties, jamais une troisième de façade.

Les œuvres. Le rapport 2025 est précis : « au moins deux (et au mieux trois) textes doivent être cités dans chaque partie ». Il ajoute que les termes du sujet doivent apparaître « au moins au début de chaque partie ».

La longueur. Le rapport 2022 donne un repère concret, sans en faire une règle : une dissertation achevée peut « sans qu’il y ait de cadre strict et imposé, former deux copies doubles en tout ».

La conclusion. Elle doit proposer une réponse, et le rapport 2025 ajoute un conseil simple : « on évitera de finir par une citation ».

CCINP et e3a-Polytech : un tiers pour le résumé, deux tiers pour la dissertation

Le format. Quatre heures, deux exercices « notés séparément (10 points pour le résumé, 20 pour la dissertation) ». La même épreuve compte pour la banque e3a-Polytech. Le résumé s’écrit sur un document-réponse de 22 lignes de 5 cases, un mot par case, soit environ 100 mots ; le rapport 2026 constate que « la quasi-totalité des résumés compte entre 90 et 110 mots ». Les changements de paragraphe s’y signalent par des doubles barres, et le jury attend deux ou trois paragraphes.

L’ordre des exercices. Comme à Centrale, la citation de la dissertation est extraite du texte à résumer, et le jury en tire la conséquence explicitement : « L’exercice du résumé doit donc toujours être traité en premier. »

Ce que le jury veut lire. Le rapport 2026 est l’un des plus clairs qui soient sur l’esprit de l’exercice. Il tient en une phrase.

Ce que dit le jury

« Il est attendu que la copie dialogue constamment avec le sujet, qu’elle s’explique avec la thèse de l’énoncé, qu’elle se positionne clairement par rapport au problème. Il faut nécessairement “arriver quelque part”. »

Rapport de l’épreuve écrite de français-philosophie, CCINP (2026)

Trois consignes très concrètes en découlent, toutes tirées du même rapport :

  1. Chaque partie commence par une idée, jamais par une œuvre. « On ne saurait accepter qu’on commence un paragraphe, et moins encore une grande partie, par une référence directe ou un emprunt sec à un auteur ou à une œuvre. » C’est la rédaction en essuie-glace : l’argument d’abord, l’œuvre ensuite, puis le retour à l’argument.
  2. Des couples d’œuvres plutôt que les trois partout. Le jury n’exige pas les trois auteurs dans chaque paragraphe ; il propose de travailler par « couples ou paires d’œuvres dans chaque argument », et estime qu’« une douzaine d’exemples sur l’ensemble de la copie » peut suffire s’ils sont réellement analysés. En revanche, il attend « que chaque auteur apparaisse dans chaque partie ».
  3. Deux ou trois parties, pourvu que ce soient des parties. « Nous acceptons donc aussi bien un développement en deux parties (à condition qu’il ne consiste pas en une simple opposition entre deux thèses contradictoires et qu’il ne conduise pas au relativisme) qu’en trois. »

Un avertissement de vocabulaire. En 2026, le sujet employait le verbe « appréhender » au sens de « saisir par l’esprit ». Pris au sens de « redouter », il a provoqué, selon le rapport, « les très rares hors-sujets de la session ». Un mot mal lu suffit à faire dérailler une copie : c’est exactement pour cela que la méthode commence par la lecture littérale.

X-ENS : la composition française la plus exigeante sur le jugement

Le format. Quatre heures, une composition française seule, pour les filières MP, MPI et PC (la filière PSI relève de l’ENS Paris-Saclay, qui publie sa propre notice). Pas de résumé. Le coefficient varie selon l’école.

La troisième partie. Les rapports X-ENS sont les plus sévères envers la synthèse de compromis. Ils ne condamnent pas le plan en trois temps, ils condamnent la troisième partie qui s’échappe ou qui renvoie tout le monde dos à dos.

Ce que dit le jury

« Pas plus qu’elle ne doit être un systématique compromis tiède, la troisième partie ne doit être une échappatoire sur le mode du “c’est autre chose”. Il doit bien s’agir jusqu’au bout, même dans la troisième partie, du sujet donné. »

Rapport du jury, composition de français, X-ENS, filières MP, MPI et PC (2024)

Le même rapport a une formule qui vaut pour tous les concours : « L’eau tiède n’est pas toujours la meilleure des choses et il faut se garder d’un relativisme veule. » Le jury ajoute qu’il n’est pas interdit, en troisième partie, de revenir à la thèse de la citation en la nuançant : le dialogue « n’a pas forcément toujours la même issue ».

L’accroche. Le jury X-ENS reproche aux introductions qui commencent par une autre citation de laisser penser « que le candidat regrette qu’on ne lui ait pas soumis ce sujet ». Il accueille en revanche volontiers des accroches tirées du cinéma, de la littérature ou de l’actualité, pourvu qu’elles mènent au sujet.

Les œuvres. Attention à l’excès inverse de celui des Mines : vouloir citer les trois textes dans chaque sous-partie « mène trop souvent à aplatir la spécificité de chaque texte et à faire des amalgames ». Si vous rapprochez les œuvres, faites-les jouer les unes contre les autres.

Les notes. À titre de repère, le rapport 2024 indique une moyenne de 10,08 sur 20 en MP, 9,14 en MPI et 9,23 en PC, avec un écart-type autour de 3. Autrement dit, une copie à 13 se situe déjà nettement au-dessus de la moyenne.

Les écarts qui valent des points

Voici, sur une seule page, ce qui change réellement d’un jury à l’autre. Tout le reste relève de la même méthode.

Centrale-SupélecMines-PontsCCINP / e3aX-ENS
Citation d’ouvertureDécouragéeAutorisée, facultativeAmorce brève et liée au sujetDéconseillée si elle détourne du sujet
Nombre de partiesDeux ou trois (écrit dans l’énoncé)Deux vraies plutôt que trois dont une posticheDeux ou trois, sans relativismeTrois temps fréquents, la troisième sur le sujet
Les œuvresLes trois, confrontées avec précisionDeux au moins, trois au mieux, dans chaque partieChaque auteur dans chaque partie ; couples d’œuvresFaire jouer les textes, sans amalgame
Résumé200 mots, à parts égales avec la dissertationAucunEnviron 100 mots, sur 10 pointsAucun
Origine de la citationLe texte résuméDonnée seuleLe texte résuméDonnée seule

Si vous préparez plusieurs concours

C’est la situation de presque tous les candidats. Trois règles simples.

Entraînez-vous au format le plus contraignant. Si Centrale-Supélec est dans votre liste, habituez-vous à la limite des 1 800 mots : une copie concise ne sera jamais pénalisée ailleurs, une copie fleuve le sera à Centrale.

Alternez les durées. Trois heures pour une dissertation seule, ce n’est pas la même course que deux heures et demie de dissertation après un résumé. Faites au moins une fois chaque format en temps réel avant les écrits, en sachant que les Mines-Ponts ont lieu en avril, avant Centrale-Supélec.

Visez le dénominateur commun. Une introduction sans citation décorative, une problématique grammaticalement correcte, une idée en tête de chaque partie, les mots du sujet dans chaque sous-partie, des œuvres confrontées et une troisième partie qui reste sur le sujet : cette copie-là est bien reçue partout. C’est celle que la méthode gratuite en vidéo vous apprend à construire, geste par geste.

Et si vous voulez savoir ce que votre copie donne face à ces attentes, c’est exactement le travail de l’accompagnement individuel : partir d’une copie réelle, repérer ce qui coûte des points, et corriger le geste plutôt que la phrase.

Où vérifier les informations officielles

Les formats changent rarement, mais ils changent. Avant chaque session, vérifiez sur les sites des concours eux-mêmes, jamais sur un forum :

Pour savoir quoi chercher dans ces rapports et comment les lire en une heure, voyez la leçon consacrée aux rapports de jury dans la méthode de la dissertation.

Votre dissertation reste bloquée autour de 8 ?

Les vidéos et le guide vous donnent la méthode. Le cours particulier l’applique à vos propres copies, jusqu’à ce que vous sachiez le faire seul.