Leçon 12 · Module C · Construire et rédiger

Rédiger en essuie-glace

Un essuie-glace fait un aller-retour sur le pare-brise. En dissertation, chaque sous-partie doit faire exactement le même mouvement.

Par Alexandre Mouchel, professeur agrégé de lettres classiques · Vidéo de 7 min · Version écrite : 4 min de lecture

La version écrite de la vidéo se trouve juste en dessous.

À retenir de cette leçon

Alterner jugement surplombant et exemple précis tiré des œuvres, écrire pour un lecteur qui doit tout comprendre, et exploiter chaque citation.

Dans cette leçon

Le mouvement fondamental d’une sous-partie

Rédiger en essuie-glace, c’est alterner, tout au long de la sous-partie :

  1. un jugement surplombant ;
  2. un exemple précis, tiré des œuvres au programme, qui le justifie et l’illustre ;
  3. un nouveau jugement surplombant ;
  4. un nouvel exemple précis… et ainsi de suite.

C’est le mouvement fondamental de la rédaction d’une sous-partie.

J’ai une deuxième image que j’aime beaucoup. Quand vous rédigez, imaginez que vous survolez un paysage : vous proposez un jugement surplombant qui semble vrai pour tout le paysage qui s’étend devant vous. Puis, d’un coup, vous plongez en piqué pour cueillir une petite fleur, une petite marguerite, qui prouve que votre jugement était juste. Cette petite fleur, c’est l’exemple précis tiré de l’œuvre. Après l’avoir examinée sous toutes ses coutures, vous reprenez de l’altitude pour proposer un nouveau jugement surplombant.

À retenir

On ne peut pas faire l’économie d’un exemple précis tiré des œuvres. Nous voulons penser la réalité : sans cet effort, le développement reste beaucoup trop conceptuel, et les jurys n’aiment pas ça du tout.

Votre jugement surplombant doit donc toujours être justifié par un exemple précis que vous analysez, que vous décortiquez, pour incarner votre idée conceptuelle et votre réflexion abstraite.

Écrire pour un lecteur de 10 ans

Faites très attention au traitement de ces exemples. Votre correcteur ne sera peut-être pas un spécialiste des trois œuvres au programme. Il les aura très certainement lues, mais il ne connaîtra pas chaque recoin de chacune.

Vous devez donc, à tout moment, prendre votre lecteur par la main et ne laisser aucune obscurité. Chaque passage que vous évoquez doit être situé, et faire sens pour quelqu’un qui ne connaîtrait pas l’œuvre.

Souvenez-vous du petit frère de 8 ans à qui vous avez expliqué le sujet : c’est à lui que vous écrivez. Imaginez que vous serez corrigé non par un adulte spécialiste de littérature ou de philosophie, mais par un enfant de 10 ans qui a besoin de tout comprendre. Tout passage obscur sera pénalisé ; tout effort de clarté et de limpidité sera valorisé. Cela, c’est absolument certain.

Trois façons d’exploiter les œuvres

Il y a trois façons de convoquer les œuvres au programme dans votre copie.

  1. Faire référence à un passage, une scène, un paragraphe, un chapitre. C’est déjà bien, si vous tirez de cette allusion des enseignements au service de votre argumentation.
  2. Citer le texte. En français-philo, on n’a pas besoin d’apprendre des kilomètres de citations : des citations d’un, deux, trois ou quatre mots, c’est déjà excellent. Elles suffisent pour proposer des analyses très riches et faire entendre la lettre du texte, ce qui est très apprécié. Ce sont ce que j’appelle les micro-citations : elles allègent l’effort de mémorisation et permettent de citer les textes avec beaucoup de souplesse.
  3. Commenter le style de l’auteur, c’est-à-dire produire un petit commentaire stylistique. Ces commentaires très simples sont vraiment valorisés par les jurys, et très peu faits dans les copies. Pas besoin d’une connaissance extraordinaire en stylistique : une énumération, une allitération, une assonance, un jeu sur les exclamations… Il n’est pas nécessaire d’être professeur agrégé pour le faire, et les jurys le réclament de rapport en rapport. Mettez-vous-y : votre copie va décoller.

Un objectif simple

Un commentaire stylistique par grande partie : pas besoin d’en faire plus. Cela montre au jury que vous utilisez toute la gamme des arguments à votre disposition.

Une citation non exploitée ne vaut rien

Une précision très importante pour finir. Une référence au texte bien exploitée, bien mobilisée dans votre copie, aura toujours plus de valeur qu’une longue citation plaquée. Une citation n’a de valeur que si elle est exploitée dans votre argumentation. Posée là, sans être commentée, elle ne vaut rien : elle vaut zéro.

On exploite toujours sa citation : on montre pourquoi on a voulu la convoquer et pourquoi elle est intéressante dans le fil de l’argumentation.

La suite : danser le tango avec le sujet

Dans la leçon suivante, je vais vous apprendre à danser le tango avec votre sujet.

Appliquer ce geste à votre propre copie

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