Une procédure, toujours la même
Ces cinq questions forment une procédure : elles font parler le sujet et vous indiquent dans quelle direction mener votre réflexion. Attention, on ne les pose qu’après avoir fait le travail de la leçon précédente : avoir bien compris la citation et avoir reformulé sa thèse par écrit.
Question 1 : de quelle situation concrète puis-je rapprocher le jugement ?
De quelle situation concrète de la vie courante puis-je rapprocher le jugement de la citation ?
On cherche les cas concrets que vous avez pu vivre vous-même, dans votre vie quotidienne, dans votre histoire personnelle. On oublie toute abstraction philosophique et toutes les questions littéraires traitées pendant l’année : on pense au réel, à des gens qui ont vraiment existé, à des gens que l’on connaît, à des situations que l’on a vécues.
Cette première question ancre votre réflexion dans le réel et vous fournira peut-être des situations à mobiliser dans votre développement. Je le dis avec gravité : en français-philosophie, on s’appuie toujours, toujours, toujours sur le réel. L’abstrait peut nous intéresser à la marge, mais c’est le réel que l’on cherche à penser à travers cette épreuve.
Question 2 : comment l’expliquer à mon petit frère de 8 ans ?
Si je devais expliquer la thèse du sujet à mon petit frère de 8 ans, qui ne comprend pas tout, que lui dirais-je pour qu’il la comprenne par lui-même ?
Cette question vous oblige à quitter le vocabulaire technique, cette forme d’abstraction qui ne mène nulle part en dissertation. Si vous n’arrivez pas à expliquer la thèse à ce petit frère (qu’il existe ou non !), c’est que vous n’avez pas encore tout à fait compris où vous emmène la citation. Prenez le temps qu’il faut.
Et si vous y arrivez, vous tenez déjà la première partie de votre devoir. Ce n’est pas rien.
Question 3 : qu’est-ce que l’auteur idéalise à l’excès ?
Qu’est-ce que notre intelligence et notre expérience du monde et de la vie pourraient trouver d’excessif dans ce jugement ?
C’est ici que l’on commence à voir la faille du sujet, l’endroit où l’auteur va un peu trop loin.
Question 4 : que perdrions-nous si tout le monde pensait ainsi ?
Si l’humanité tout entière adoptait ce point de vue, que se passerait-il concrètement ? Et surtout, que perdrions-nous ?
Que perdrions-nous dans notre compréhension du monde, dans notre expérience du monde, dans notre façon de vivre, d’agir, de comprendre ce qui nous entoure ? On cherche l’expérience dont on serait dépouillé si l’on suivait les yeux fermés l’auteur de la citation, en imaginant les conséquences de la généralisation de sa pensée. La faille se précise.
Question 5 : quels mots du sujet garder dans chaque sous-partie ?
Quels sont les mots du sujet que je devrai faire apparaître dans chacune de mes sous-parties ?
Il s’agit moins de questionner le sujet que de commencer à se projeter dans la rédaction : on repère les mots qui vous permettront de ne jamais perdre le lien avec le sujet. C’est indispensable : au moins un mot du sujet, ou l’un de ses synonymes, dans chaque sous-partie. C’est ainsi que vous montrez au jury que vous dialoguez avec le sujet et ne le perdez pas de vue. Nous y reviendrons dans la leçon sur le tango avec le sujet.
Les cinq questions, en résumé
1. Situation concrète. 2. Le petit frère de 8 ans. 3. Ce que l’auteur idéalise à l’excès. 4. Ce que l’humanité perdrait. 5. Les mots du sujet à placer dans chaque sous-partie.
Deux outils de plus : le schéma et les cartes mentales
Ces cinq questions ne sont pas le seul outil pour problématiser. Je vous en propose un deuxième : le schéma. Pour un sujet que j’ai traité, j’avais modélisé ses dynamiques avec un carré et un triangle qui interagissaient. Cela permettait de visualiser d’un coup d’œil les forces en présence dans le sujet et les relations que les concepts entretiennent les uns avec les autres.
À côté, je fais aussi de petites cartes mentales qui montrent les différents sens que peuvent prendre les mots du sujet.
Après les cinq questions, je vous invite donc à faire un petit schéma pour visualiser les dynamiques du sujet, et des cartes mentales pour mieux saisir le sens de ses mots. Bien sûr, ce schéma ne figurera pas dans votre copie. Chaque année, des élèves me disent : « Non monsieur, je ne vais pas faire ça. » Mais ceux qui essaient trouvent en général que la méthode leur convient très bien, et produisent un schéma à chaque dissertation : c’est un peu de puissance de calcul en plus pour penser le sujet.
La suite : penser le réel
Ces questions vous invitent à penser toujours le réel. Dans la leçon suivante, je reviens sur cette absolue nécessité de penser le réel à tout moment de votre copie.
