Le problème : le souvenir des œuvres s’atténue
Vous êtes des élèves sérieux : vous avez lu vos œuvres pendant l’été. Le souci, et c’est le même pour tout le monde, c’est que plus l’année avance, plus le souvenir des œuvres s’atténue, si on ne les retravaille pas régulièrement. Les cours de la semaine ne suffisent pas à se les remettre en mémoire au point d’avoir le sentiment de les posséder, de vraiment les dominer.
Résultat : on arrive en mars, à la veille des épreuves, avec un vague souvenir des personnages et des péripéties, sans trop savoir qui fait quoi, ni pourquoi. C’est dommage, parce qu’on ne peut plus montrer au jury qu’on a travaillé les œuvres.
C’est tout à fait compréhensible : le français-philo n’est pas votre spécialité, et vous n’avez pas choisi une prépa scientifique pour faire du français et de la philosophie. Je vous propose donc une méthode de travail qui ne demande pas trop de temps ni trop d’efforts, et qui permet de posséder suffisamment les œuvres pour les exploiter de manière très convaincante le jour de l’écrit.
Trente textes, et deux choses à faire pour chacun
Cette méthode, je l’appelle le patrimoine de textes. Elle consiste à sélectionner 10 textes par auteur, soit 30 textes, et à chercher à vraiment bien les connaître pour l’écrit.
Bien les connaître ne veut pas dire faire comme pour le bac de français : il ne s’agit pas d’apprendre une explication de texte complète. C’est beaucoup plus simple et beaucoup plus rapide. On ne fait que deux choses pour chaque texte :
- Comprendre comment ce texte illustre le thème de l’année : comment il en éclaire les problématiques et les tentatives de résolution. On lit le texte au prisme du thème, et c’est tout.
- Sélectionner des micro-citations, de petites citations qui vous permettront de citer précisément les œuvres. Nous en parlons dans la leçon suivante.
Quels textes choisir ?
Quand on n’est pas spécialiste de littérature ou de philosophie, il n’est pas du tout évident de savoir quels textes choisir. Chaque année, j’envoie ma sélection à mes élèves, qui travaillent directement dessus. Vous pouvez aussi partir des textes vus en cours avec votre professeur et compléter avec ceux qui vous semblent pertinents. Si vous voulez ma sélection pour le thème de l’année, écrivez-moi : nous en parlerons ensemble.
Le bilan : trois lignes par texte
Après avoir passé 10 à 15 minutes à voir comment le texte illustre ou résout des problématiques liées au thème, écrivez un court bilan. Conservez-le précieusement : vous allez le relire très régulièrement pendant l’année.
À la fin, vous aurez une petite collection de 30 bilans qui vous permettra, par une lecture rapide, de vous remettre en mémoire tous les enjeux du thème. Grâce à eux, la réflexion conceptuelle gagne en profondeur, en saveur, en couleur, en images : autant de ressources pour problématiser le sujet sur lequel vous aurez à composer. Ce travail vous fait mûrir sur le thème, sans y consacrer trop de temps.
Voici un bilan que j’avais écrit pour le thème « l’expérience de la nature », sur un passage où la narratrice du roman retourne péniblement la terre pour planter des pommes de terre dont elle a besoin pour survivre. Il tenait en trois lignes :
Ce texte montre que faire l’expérience de la nature est une expérience douloureuse, physiquement et moralement, car la nature exige un travail pénible. On peut espérer et avoir envie de faire confiance à la nature pour nous donner des fruits, mais la production sera aléatoire : l’être humain reste en situation de péril, quoi qu’il fasse. Il est donc important de penser et d’anticiper son action au sein de la nature.
En 30 secondes, top chrono, on se remet en mémoire un enjeu du thème. Ce n’est évidemment pas tout ce qu’il y avait à dire, mais si un sujet avait porté sur les efforts qu’implique le fait de se nourrir par soi-même dans la nature, on aurait eu à disposition un exemple très pertinent pour discuter le problème.
À retenir
30 textes, 30 bilans courts : de quoi couvrir tous les enjeux du thème, et choisir, en fonction du sujet, les exemples, les idées et les concepts qui vous intéressent.
Le résumé détaillé de chaque œuvre
Je vous invite aussi à bien maîtriser le résumé détaillé de chaque œuvre, au point de le connaître par cœur. Au moment de la problématisation et de l’élaboration du plan, il vous permet de balayer mentalement chacune des œuvres pour être le plus exhaustif possible dans les passages à mobiliser, qu’ils aillent dans le sens du sujet ou contre lui.
C’est grâce à ce résumé, à ces 30 textes et à leurs bilans que vous développerez ce que les jurys recherchent : une lecture personnelle, qui donne de la saveur et de la couleur à votre copie, et qui fait plaisir à un jury qui a envie de lire des choses intéressantes sur les œuvres.
La suite : citer sans tout apprendre par cœur
Trente textes, vos bilans, votre résumé : il faut maintenant pouvoir citer ces textes dans vos copies, sans passer des soirées à apprendre des kilomètres de paragraphes indigestes qui parasiteraient votre travail dans les autres matières. La technique tient en deux mots : micro-citations.
