Un choix stratégique
Des citations d’un à huit mots, disons, suffisent pour argumenter et pour convoquer les textes que vous voulez commenter au sein de votre argumentation.
C’est un choix très stratégique. Apprendre par cœur un paragraphe, un poème entier, des lignes et des lignes, cela consomme beaucoup d’énergie, beaucoup de « bande passante », alors que vous êtes en prépa et que vous devez vous concentrer sur bien d’autres matières que le français-philo. Il faut donc calibrer au mieux son effort.
Si vous passez un quart d’heure à apprendre un paragraphe que vous voulez citer, consacrez plutôt ce même quart d’heure à huit micro-citations. Pour le même temps et la même énergie, vous aurez des ressources beaucoup plus variées pour citer le texte.
Elles s’insèrent partout
Ce qui est formidable avec les micro-citations, c’est qu’elles s’insèrent partout. Au lieu d’aménager une pause dans votre argumentation pour annoncer une longue citation, vous glissez vos micro-citations entre guillemets, dans le fil de votre sous-partie, dans le fil de votre propos.
Elles apportent beaucoup de souplesse, tout en vous permettant de citer les textes et de vous appuyer sur eux. Elles donnent à votre copie ce souci de la précision qui ravira le jury.
Vous n’avez sans doute jamais eu à ouvrir d’ouvrages universitaires sur la littérature. Mais si vous le faites, vous verrez que les universitaires raffolent de ces micro-citations : elles leur permettent de citer abondamment les textes et d’argumenter sur les œuvres sans ouvrir sans cesse de longues citations. Faites comme eux.
Un exemple tiré de ma copie d’agrégation
Dans la vidéo, je vous montre une sous-partie de la copie que j’ai rendue à l’agrégation externe de lettres classiques. C’était une dissertation littéraire, pas l’exercice que vous préparez, mais le mécanisme est le même. Voici l’une de ses phrases, à propos de la narratrice d’un roman de la Renaissance :
On sait en effet qu’elle sait, « en grande promptitude », trouver « quelques artificiels mensonges ».
Le fond du propos importe peu ici. Regardez la forme : de toutes petites citations, trois mots à chaque fois, qui amènent le texte dans le fil du raisonnement sans l’interrompre. On est absolument certain que la réflexion s’appuie sur le texte ; c’est fluide ; et je n’ai pas passé des heures à apprendre ces bouts de phrases. L’effort est minimal, et l’effet n’est pas mal du tout.
Comment les choisir
C’est très simple. Reprenez les 30 textes de votre patrimoine de textes et repérez, un peu au feeling et en fonction de votre compréhension du thème de l’année, ce qui vous semble intéressant : des petits passages, des groupes nominaux, des expressions, des bouts de phrase pertinents. Il ne s’agit pas d’en trouver cent par texte, évidemment : collectez simplement ce qui vous semble exploitable en dissertation.
Comment les retenir
Il faut ensuite les noter quelque part pour les apprendre :
- soit au dos de vos bilans ;
- soit sous forme de flashcards : sur de simples fiches Bristol, ou en flashcards numériques avec une application dédiée, la meilleure étant bien sûr Anki.
Les flashcards sont excellentes parce qu’elles font mémoriser activement : en devoir, vous avez accès à l’information au moment où vous en avez besoin, et votre cerveau reçoit les entraînements dont il a besoin pour retenir sur le long terme.
Mise en garde
Une citation ne vaut rien si elle n’est pas commentée. L’avantage de la micro-citation, c’est qu’on peut l’intégrer dans le flux de l’argumentation et mêler ainsi argumentation et citation. Mais une citation qui n’est pas exploitée au service de l’argumentation est nulle et non avenue : elle ne sera pas valorisée.
En français-philo, ce n’est pas la quantité de connaissances qui intéresse le jury. C’est votre capacité à mettre vos connaissances au service de votre argumentation, dans un cadre académique donné. C’est cela, l’exigence : conduire votre plume en exploitant avec précision chacun des exemples et chacune des citations que vous amenez. Et n’oubliez pas le petit commentaire stylistique par grande partie, que les jurys réclament de rapport en rapport.
La suite : réviser avec ses oreilles
Dans la leçon suivante, nous allons apprendre à mobiliser vos oreilles pour lire et relire les œuvres, vos bilans et vos citations.
