Leçon 1 · Module A · Comprendre l’épreuve

Une dissertation s’écrit avec des gants de boxe

La citation proposée par le sujet est toujours insatisfaisante et incomplète. C’est pour cela qu’une dissertation de français-philo s’écrit avec des gants de boxe.

Par Alexandre Mouchel, professeur agrégé de lettres classiques · Vidéo de 7 min · Version écrite : 4 min de lecture

La version écrite de la vidéo se trouve juste en dessous.

À retenir de cette leçon

Le sujet est toujours juste mais attaquable : on vous demande de dialoguer avec lui, dans une forme académique précise.

Dans cette leçon

Une épreuve subie, et pourtant décisive

Cette série de cours s’adresse aux élèves de classe préparatoire scientifique qui préparent l’épreuve de dissertation de français-philosophie. C’est une épreuve que beaucoup subissent : il est rare de rencontrer un élève de prépa scientifique enthousiaste à l’idée de la préparer.

Et pourtant, c’est une épreuve très importante. Elle a un fort coefficient à l’écrit et elle pèse lourd dans le classement général. C’est pour cela que je vous propose une méthode complète pour la préparer.

Vous allez le voir, il n’est pas difficile de travailler efficacement cette épreuve pour obtenir une très bonne note. Les élèves que j’accompagne en cours particulier obtiennent d’excellents résultats sans y consacrer une place démesurée dans leur semaine de travail. Il n’est pas nécessaire d’être un génie de la philosophie ou des lettres : il suffit de décomposer l’épreuve, et c’est ce que nous allons faire ensemble.

Ce qu’on vous demande : dialoguer avec un sujet

S’il y a une chose à retenir sur cette épreuve, c’est celle-ci : la dissertation de français-philosophie vous invite à dialoguer avec un sujet.

On ne vous demande pas d’être spécialiste des trois œuvres au programme. On ne vous demande pas d’être spécialiste de la notion philosophique au programme. On ne vous demande pas non plus d’être un littéraire capable d’écrire une dissertation magnifique, avec un style ébouriffant. Pas du tout.

Entrer en dialogue avec un sujet, cela signifie :

  • aller dans le sens du sujet, montrer sa part de vérité, ce qu’il a d’accompli ;
  • puis montrer ce qu’il a d’insatisfaisant, l’erreur dans laquelle il pourrait nous faire tomber.

À l’appui de ce raisonnement, vous mobilisez les trois auteurs au programme de l’année. Ils vous aident à montrer ce qui est juste dans le jugement de la citation, mais aussi ses failles et ses limites. Le sujet est juste, mais incomplet.

Pourquoi le sujet est toujours attaquable

Un sujet de dissertation est toujours un sujet que l’on peut attaquer. Votre travail consiste à chausser vos gants de boxe pour aller attaquer, gentiment ou avec plus d’agressivité, le jugement proposé par le jury.

Ce n’est pas une option, c’est obligatoire. Si le sujet n’était pas attaquable, le jury ne pourrait pas le proposer : il serait obligé d’en chercher un autre. Un sujet qui ne laisserait rien à contester ni à questionner ne permettrait aucun dépassement, aucun dialogue. Ce serait un autre exercice, mais pas une dissertation.

À retenir

Un sujet de dissertation est un sujet discutable : juste et pertinent sur au moins un aspect, mais sur tous les autres, il y a des choses à redire, à questionner, à interroger. C’est ce qui fait tout l’intérêt de l’exercice.

Un exercice académique, avec ses règles

Si le jury propose nécessairement un sujet attaquable, c’est parce que la dissertation est, par essence, un exercice académique. C’est un devoir qui a une forme arbitraire, et il faut accepter cet arbitraire. Inutile de lutter contre un cadre posé par l’institution : il faut se glisser dans le moule pour réussir.

On ne réussit donc pas cette épreuve en donnant à lire sa plus belle pensée, ni des démonstrations philosophiques incroyablement poussées. On vous demande de répondre à un cahier des charges très précis, presque mécanique, à une commande du jury précise, dans une forme précise.

Revenons aux gants de boxe : le jury attend que l’on commence par prendre la citation au sérieux dans une première partie, pour ensuite, dans une deuxième partie, commencer à attaquer son jugement.

Une mécanique que l’on peut décomposer

C’est une très bonne nouvelle. Puisque la dissertation est un exercice très codifié, on peut apprendre à en décomposer toute la mécanique : tous les rouages qui, mis les uns à côté des autres, font avancer une démonstration qui conviendra parfaitement au jury. On peut aussi orienter le travail des œuvres et de la notion au programme pour qu’il serve directement cet exercice.

Dans cette série de vidéos, nous allons décomposer ces rouages un par un :

  • comment travailler l’épreuve tout au long de l’année, les œuvres et la notion au programme ;
  • ce que les correcteurs valorisent réellement dans les copies ;
  • comment lire et problématiser le sujet ;
  • comment construire le plan et écrire l’introduction ;
  • comment mobiliser les trois auteurs à l’intérieur de la démonstration ;
  • comment bien rédiger, jusqu’à la conclusion.

« Le français, ça ne se travaille pas »

Chaque fois que je travaille avec des élèves de prépa scientifique, j’entends la même phrase : « Mais monsieur, le français, ça ne se travaille pas comme une matière scientifique. On l’a ou on ne l’a pas. »

Je suis intimement persuadé du contraire. On peut travailler l’épreuve de français-philo comme on travaille ses démonstrations mathématiques. C’est l’objet de la leçon suivante.

Appliquer ce geste à votre propre copie

Vous comprenez la méthode, mais sa mise en œuvre reste difficile ? En cours particulier, nous partons d’un de vos devoirs pour identifier le point à retravailler et le corriger ensemble. Réservez directement votre créneau dans mon agenda.